31 octobre 2019Pas de commentaire

Devoir de mémoire

Parce que l'Histoire n'est pas tout, surtout lorsqu'elle est écrite par les vainqueurs. Parce que les américains et leur gouvernement ne sont pas venus uniquement pour nous libérer du nazisme mais avaient aussi comme objectif d'annexer la France. Parce que d'autres nations ont participé au débarquement. Parce que leurs cimetières sont moins fastueux et peut-être plus respectueux du sacrifice de leurs très jeunes soldats. Parce que ces nations n'utilisent pas les tombes de ces gamins de 18 ans pour servir leur propagande obscène. Parce que des magasins de souvenirs vendent du plastique made in China faisant ainsi des profits sur la mort de ces soldats. Parce que je suis ému devant ce sacrifice au nom de la Liberté - le ferions-nous aujourd'hui ? Quand je vois le sort que nous réservons aux migrants, j'en doute. Pour témoigner donc de ma gratitude envers ces enfants de différentes nations y compris les américains tombés pour nous, pour toi, pour moi.

4 juillet 2019Pas de commentaire

Narcissime en réseau social

Je brille. Je resplendis. J’illumine. Je rayonne.Vous en doutez ? Impossible.

Abonnez-vous à mon profil, à mon espace, à mon compte, vous recevrez ma vie, ma belle vie, celle que j’ai choisie de tartiner sur votre visage, celle que j’imprime dans vos rétines, celle que je construis dans votre cerveau de follower. Vos pouces coquins me caressent chaque jour.
Voyez ces photos de moi triées et retouchées à la lumière flatteuse. Admirez mon visage, mes coiffures, mes nouveaux vêtements fraîchement achetés, validez ma consommation, rassurez-moi en likant. Je vais dîner dans ce restaurant, je vous poste une image, dites-moi que ma vie est belle, envoyez-moi du love et du réconfort car je ne peux affronter la vie normale. Les personnes avec qui je sors ne me suffisent pas, vous devez tous savoir où je suis, ce que je fais - en façade pas en réalité bien sûr. Donnez-moi ma dose d’amour. Consommez moi, mangez-moi, aimez-moi, likez-moi, vive moi, moi, moi…
Quoi vous ? Ah vous y êtes aussi. Bon. Remarque je vais pouvoir regarder un peu à quoi ressemble vos vies, je vais étalonner mes performances, ma richesse, mon succès, vos peines, mes joies. Vous rencontrez des difficultés ? A la bonne heure, je me sens mieux du coup.
C’est moche ? Bien sûr que non, vous savez très bien que je ne traverserai pas le département pour vous dépanner et vous non plus, amitié et donc solidarité virtuelle. Mes vieilles connaissances d’école, de lycée, d’études supérieures, mes ex, mes anciens collègues, qu’êtes-vous devenus ? Dévoilez-moi vos existences. Mieux que moi, je décrète que vous faîtes trop de sacrifices, moins bien que moi, vous êtes vraiment des flemmards sans objectif de vie. Tiens ! Voilà mon ancien manager au au chômage, normal je le disais tout le temps qu’il n’était pas compétent.
Assez parlé de vous, revenons au vrai sujet : moi.
Je brille sur mes photos de profil. Je resplendis par mes prises de position engagées et virtuelles alors que je ne vais jamais participer à la moindre manifestation dans le réel, je ne défile pas car il y a un programme à la télé qui m’intéresse. Je regarderai BFM qui remplace Hollywwod pour me faire un shoot de violence et me tenir faussement informé. J’illumine aussi avec mes photos instagramées ou je pastiche tel le mouton les influenceurs grassement financés par des marques, je suis un clone sans esprit critique qui se croit artiste à travers des copié/collé d’images plates où règnent des paires de fesses, de l’argent, de l’ostentatoire, du vulgaire. Je rayonne à travers mes voyages desquels je rapporte des clichés : moi par ci, moi par là, moi qui peut voyager, vous moins, moi qui garde le contact avec mes fans même à l’autre bout de la Terre, remerciez-moi car vous pouvez maintenant kiffer en direct, moi qui ne vit plus les voyages, moi qui me regarde dans ce miroir au décor changeant.
Je rayonne au bureau. Vous en doutiez aussi ? Il existe pourtant le même haut-parleur en mode professionnel… La belle affaire. Ne sont présents que des fayots en mal de résultats communiquant à coup de « Fier de représenter la marque machin au salon du truc » On s’en fout. Travaille et tais-toi. Tu t’ennuie à ce salon on le sait tous, tu es un mauvais vendeur. Tu voyages beaucoup pour ton job ? Bravo, tu dois vraiment être quelqu’un d’important pour te déplacer en 2nde classe et dormir à l’Ibis. Peut être essaies-tu, rempli d’espoir, d’améliorer ton quotidien. Arrête de perdre ton temps, tu dois gagner plus d’argent si tu penses comme cela. Perds ta vie à la gagner, tu feras des heureux, ça pousse derrière.

Si j’étais honnête, je devrais vous montrer mon salon des fois mal rangé, ma voiture salle, mes gosses qui crient et me casse la tête, mon manque de patience quand je leur répond, le linge entassé qui attend l’internet des objets pour se laver seul - c’est long - mes contre-performances professionnelles, les jours où je doute de tout, mon visage fatigué les matins d’hiver, les pensées qui bousculent mon cerveau, ma peur de l’échec… Être franc signifierai un suicide social, alors non merci.
Pour ne pas avoir à choisir entre antidépresseurs et réseaux sociaux, je préfère vous mentir.

« N’hésitez pas à liker et à partager » vous pourrez continuer à enrichir des entreprises américaines qui ne veulent que le bien de l’humanité bien sûr